Emûna Elis – Origine des Dieux

Emûna Elis, origine des Dieux - Olivier Fargin
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Avant les premières fouilles archéologiques en 1842, en Irak, nous ne connaissions pas l’existence des Sumériens. A cette époque nous avions découvert quelques objets archéologiques Assyriens et Babyloniens, uniquement dans les premières strates du sol. Après avoir creusé beaucoup plus, à une vingtaine de mètres de la surface, les premiers artefacts de la civilisation Sumériennes firent surface, mettant en évidence leur incroyable niveau technologique.

(Voir article : Des civilisations surgies du néant)

Découverte d’une bibliothèque de tablettes Sumériennes

Des centaines de milliers de tablettes furent découvertes depuis, jusqu’à nos jours, dans tous les territoires de la Mésopotamie. Cependant, les premières véritables traductions des inscriptions cunéiformes sur les tablettes d’argile ont commencées seulement au milieu du 20ème siècle. De plus, il semblerait que ces traductions est été tenus le plus longtemps possible dans le secret car certains contenus dérangeaient la communauté archéologique.

En effet, non seulement certains textes semblaient un peu trop anachroniques, par rapport à la chronologie officielle des historiens, mais en plus, beaucoup d’autres traitaient de l’origine de la création, dont beaucoup d’éléments pouvaient mettre la Sainte Bible en position délicate. Certains spécialistes en traduction Sumérienne, comme Zacharia Sitchin et Anton Parks sont les premiers à avoir osé traduire les textes sans muselière religieuse, laissant émerger ainsi des informations très surprenantes, mais complètement cohérentes.

Du contenu des tablettes Sumériennes, émergent l’histoire de nos origines

L’un des textes découvert est l’Emûna Elis, il raconte l’origine des dieux Sumériens jusqu’à leur arrivée sur la terre. C’est un texte babylonien de la création qui était lu chaque année à Babylone, lors des fêtes du Nouvel An. Le Grand Prêtre de l’Esagil le lisait à haute voix devant la foule, et devant les hébreux qui étaient captifs à cet époque, entre 597 et 538 avant JC, soit bien avant que la Bible ne soit écrite. La tradition est restée d’ailleurs, mais au lieu de raconter l’histoire de l’origine des Dieux, nous racontons celle du petit Jésus.

Aujourd’hui, grâce au travail d’Aton Parks, nous avons les moyens de redécouvrir cette épopée ancestrale fantastique, connue de nos ancêtres, il y a plus de 4 000 ans, et peut être à l’origine de notre humanité. C’est certainement l’un des mythes les plus anciens du monde, celui de la Genèse.

« Lorsque, en haut, le Ciel n’était pas nommé, et qu’ici-bas la Terre ne portait aucun nom » (Emûna Elis)

Extrait du livre Eden d’Aton Parks, Emûna Elis, tablette 1, lignes 1 à 10 :

« Lorsque, en haut, le Ciel n’était pas nommé, et qu’ici-bas la Terre ne portait aucun nom, seuls Absu le premier, leur géniteur, et Mère Tiamat, leur génitrice à tous, mélangeaient ensemble leurs eaux. Tout n’était qu’agglomérat : aucune pâture n’était visible, aucune cannaie n’était parue. Alors qu’aucun des dieux n’avait encore été créé, qu’ils n’étaient ni nommés de noms ni dotés de destins, alors en leur domaine, des dieux furent produits. Lahmu et Lahamu apparurent et leurs noms prononcés »

Tiamat et Absu sont les premiers, les géniteurs des dieux. Curieusement dans le texte, ils ne sont pas explicitement identifiés comme des dieux. Il est dit qu’ils les produisirent.

Tiamat signifie en Sumérien, mère de la vie ou servante de la vie, TI (vie) et AMA (mère, chaleur), et Absu est l’abime du monde, il signifie AB (Trou, ouverture, père) et SU ou ZU (Connaissance, sagesse, savoir), littéralement la sagesse ou le savoir du père.

D’une façon symbolique, Tiamat pourrait représenter la surface du monde, là où la vie se développe, exposé à la chaleur du soleil, et Absu serait l’intérieur de ce monde, cachant les secrets de la connaissance et de la sagesse, se qui rejoindrait l’idée du mélange des eaux, l’eau salée de la mer et les eaux douces des sources souterraines.

Tiamat et Absu mélangeaient ensembles leurs eaux

Extrait du livre Eden d’Aton Parks, Emûna Elis, tablette 1, lignes 11 à 20 :

« Aussitôt qu’ils (Lahmu et Lahamu) furent à maturité et complètement formés, furent façonnés Ansar et Kisar, qui les surpassaient. Quand ils eurent prolongé leurs jours, multipliés leurs années, Anu fut leur premier-né – égal à ses ancêtres. Ansar avait créé son fils Anu à son image. Anu pareillement à sa ressemblance, procréa Nudimmud. Or Nudimmud était supérieur à ses aïeux, il était large d’entendement, sage et doué d’une force immense, bien plus puissant que Ansar, le créateur de son père, il n’avait point d’égal comparé aux dieux ses frères. »

Création des origines divines

Lahmu et Lahamu sont donc les premiers Dieux créés, qui façonnèrent ensuite Ansar et Kisar, qui eux même eurent Anu comme fils. Ce qui est surprenant dans le texte c’est l’utilisation des mots « Produire », « Créer », « Construire » ou « Façonner », mais jamais « Donner naissance » ou « Engendrer », en quelque sorte une création sans enfantement.

Autre bizarrerie, Ansar qui est masculin dans la mythologie Sumérienne,  créé son fils Anu à son image, et qu’en est-il de l’image de sa mère Kisar ? Encore plus surprenant, Anu créé aussi son fils Nudimmud à son image de la même façon, mais tout seul, sans mère.

Un autre point semble important dans le texte, c’est le fait qu’à chaque génération, les dieux sont supérieurs à leurs aïeux, pouvant faire penser à une sorte d’affinage génétique. Il est intéressant de noter que Nudimmud signifie en sumérien « l’image qui façonne et met au monde » ou « qui façonne et met au monde les images ». Le terme « image » a certainement une grande importance, et comme le suggère Aton Parks, il pourrait être pris ici dans le sens de « Clonage génétique ».

Anduruna, la demeure du ciel, lieu de naissance des Dieux

Sur les lignes de 21 à 52, on apprend que les dieux se chamaillent et troublent la paix d’Absu et de Tiamat. Tiamat est indulgente, mais Absu ne supporte plus le comportement de sa progéniture, il veut les détruire pour retrouver le repos. Tiamat est en colère contre Absu « Pourquoi, détruirions-nous ce que nous avons produit ? Si pénible que soit leur conduite, patientons avec bienveillance ». Mais celui-ci se réjouit du mal qu’il allait préparer contre les dieux, ses enfants, avec l’aide de son page Mummu.

Il est précisé que cette scène se déroule à l’intérieur d’Anduruna, qui en sumérien signifie « la demeure du ciel », désignant certainement le domaine céleste, lieu de naissance des Dieux.

Des lignes 55 à 74, on comprend que les dieux sont mis au courant d’un complot, mais gardent le secret sans bien comprendre toutes les implications. Seul Ea, qui n’est autre que Nudimmud, comprend tout, car il est le plus intelligent de tous, le dernier né. Il renverse Absu de son trône, le terrasse, et prend son pouvoir et ses possessions. Dans la mythologie mésopotamienne, Ea, Enki et Nudimmud sont le même dieu, le fils d’Anu.

Le DUKU, monticule sacré des Dieux

Extrait du livre Eden d’Aton Parks, Emûna Elis, tablette 1, lignes 75 à 82 :

« Alors, il se reposa dans le plus grand calme, il nomma cet endroit Absu et y assigna les salles de cérémonie. Ici, il fonda sa propre résidence, où Ea avec Damkina, son épouse, siégèrent en majesté. Dans ce sanctuaire aux destins, cette chapelle de l’élaboration, fut procréé le plus habile, le plus sage des dieux, le Seigneur, au milieu de l’Absu, Marduk fut né. […] Sa nature était splendide, son regard étincelant. Il était mature dès la naissance, vigoureux dès le début. En l’observant, Anu, qui avait procréé son père [Ea], se réjouit et s’illumina ; son cœur se remplit de joie. Lorsqu’il l’eut regardé (il dit) : ‘Sa divinité est différente, il est bien plus extraordinaire, il les dépasse en tout’. […] Dès lors, Anu produisit et occasionna quatre vents qu’il confia à Marduk ‘pour que mon enfant s’en amuse’. Et Marduk créa la poussière qu’il fit emporter par (les vents de) la tempête. Ayant provoqué la houle, il troubla Tiamat. Perturbée, Tiamat s’agita jour et nuit »

Et Marduk créa la poussière qu’il fit emporter par la tempête (Enûma Elis)

Ea-Enki est maintenant le grand dominant, avec son épouse Damkina. Dans les textes mythologiques, Damkina a toujours été représenté comme la plus ancienne Déesse-mère.

Enki hérite donc du domaine de l’Absu (les mondes souterrains). C’est effectivement ce qu’on retrouve dans d’autres textes, où Enki est le seigneur des mondes d’en bas, et des eaux souterraines.

(Voir article : Le mythe des mondes souterrains)

Au milieu de l’Absu, dans la chapelle de l’élaboration, Ea et Damkina produise Marduk. Il est dit qu’il fut plus habile et sage que tous les autres Dieux, mais surtout qu’il fut mature et vigoureux dès la naissance. Une création et efficacité instantanée, ou alors une opération de clonage génétique, ou peut être les deux ?

Marduk est l’un des Dieux les plus importants dans la tradition Sumérienne, avec Enki et Anu. En Akkadien, on le retrouve sous le nom de Marduku, et si on le traduit en Sumérien, on obtient MAR (Appliquer, protéger, entourer), DUKU (Nom utilisé pour désigner le monticule sacré des Dieux, ou le domaine d’origine des Dieux), se qui va correspondre exactement aux fonctions de Marduk dans l’Enûma Elis.

Marduk contre Tiamat

Dans la mythologie mésopotamienne, on retrouve très souvent le dieu Enlil, fils d’Anu, qui n’est pas présent dans l’Enûma Elis.

Cependant, traduit en Sumérien, Enlil signifie EN (Seigneur), LIL (Souffle, vent), le seigneur du souffle, qui avait de plus, les mêmes fonctions que Marduk. Il semblerait que Marduk ne soit qu’un titre, et le nom du fils d’Ea-Enki et petit-fils d’Anu (et non son fils), soit certainement Enlil.

Anu semble ravis de la situation, et il va fournir à Marduk-Enlil, volontairement ou pas, les outils qui vont déstabiliser la grande Tiamat, et qui déclencheront rapidement la grande guerre céleste des Dieux.

Durant cette guerre, Marduk renverse Tiamat, et devient le grand héro et dominant devant son père Ea-Enki, mais Anu reste le chef du clan. Cependant, malgré leur victoire, le clan de Anu est contraint de s’enfuir en exil sur la terre. C’est à partir de ce moment que Ea prend le nom de Enki, EN (Seigneur), KI (Terre), le seigneur de la terre, et que Marduk est nommé Enlil.

La Grande Guerre céleste

La rivalité entre Enki et Enlil est présente dans toutes les histoires mésopotamiennes, où le pouvoir bascule sans arrêt d’un dieu à l’autre, comme une répétition, ou plutôt une résonnance archétypale des évènements. Certains affirment qu’Enki (Sumer), Ptah(Egypte), Osiris(Egypte), Poséidon (Grèce) et Quetzalcóatl (Maya) correspondent au même dieu, de même qu’Enlil (Sumer) correspond à Seth (Egypte), Hadès (Grèce) et Tezcatlipoca (Maya). Dans chacune de ces civilisations, on retrouve le côté civilisateur, protecteur et sauveur de l’humanité représenté par Enki, et la fourberie destructrice menant à la soif de pouvoir représenté par Enlil.

La dualité entre Enlil (à gauche) et Enki (à droite)

Ces évènements sont certainement à l’origine de nombreuses guerres. Elles ont d’énormes répercussions encore aujourd’hui, et on même très certainement forgés les structures de notre société, ainsi que l’aboutissement de nos religions.

D’une façon plus large,  on pourrait dire qu’Enki et Enlil sont probablement à l’origine des références morales et spirituelles de notre civilisation actuelle, et de notre humanité.

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2 Réponses

  1. ddjulien

    J’ai commande hier Eden de A. Parks.J’i bien hate de lire.
    Avez-vous remarquez qye souvent dans les représentation anciennes certains dieux ont les genous et la flexion des jambre inversées, comme les quatrupedes..

    26 décembre 2013 à 5 h 35 min

  2. Bravo ! Votre blog est l’un des meilleurs que j’ai vu !

    12 mai 2017 à 12 h 58 min

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